Je suis là en tant qu'épouse de TC, et en tant que présidente d'AFTC; les deux sont intimement liés bien sûr.Mon histoire, elle est simple, c'est l'histoire d'un 38 tonnes qui arrive trop vite et emporte une voiture sur son chemin. Dans la voiture, il y moi, au volant et mon mari, passager. Celui-ci a pris le choc à la tête, TC très grave, coma très profond. Moi, sauvée par la ceinture de sécurité.
Nous avons quatre enfants, 6,8,9 et 11 ans à lépoque. Nous étions à notre compte, viticulteurs et négociant en vins en Bourgogne... A ce moment-là commence un tourbillon, un ouragan qui enlève tous les repères à nos vies laborieuses mais bien installées. Là commence le marathon du TC et de sa famille...
Le chemin passe par le mystère du coma, par la vie et la mort qui se font des clins d'oeil, par ces angoisses à se demander "qui gagnera? ". Ensuite, le dignostic, toujours mauvais, à se demander s'il ne valait pas mieux qu'il meurt..., puis un oeil qui s'ouvre péniblement... puis se referme. Le coma est long, trop long, le réveil est lent, trop lent, beaucoup trop lent et au fond de soi, malgré la joie nerveuse de le savoir sortir du coma, on sait que cette lenteur n'est pas de bonne augure... mais l'espérance reste et nous sauve. La conscience revient peu à peu, qui va ressortir de cet homme qu'on a du mal à reconnaître, viennent ensuite les efforts, mal récompensés par des progrès furtifs, puis la chute, les chutes innombrables. Plus on tombe bas, plus on rebondit, paraît-il. Et c'est vrai, quelque chose nous entraîne vers l'avant, et on entraîne tout le monde avec soi, mari, enfants, famille.
Comment on est capable de donner autant de courage autour de soi ? cela reste un grand mystère ... D'où vient ce réservoir de forces décuplées, d'où vient cette foi en la vie, cette certitude que la vie nous sourira à nouveau, qu'au bout du tunnel, il y a de l'espoir ?
Cette espérance qui nous isole des autres qui pensent toujours que c'est foutu, que c'est un grand malheur, cette attraction de la vie qui nous dit qu'au delà du malheur, il y a un bonheur à recontruire, cette énergie qui passe par dessus les coups de fatigues morale et physique, j'ai connu tout cela et bien plus.
La rééducation a fait effet, mon mari remarche, remange à peu près, repense correctement, il ne parle pas.
Nous sommes dans cette période d'acceptation du handicap; il faut s'habituer à revivre autrement, reconstruire autour des possibilité en acceptant sans trop d'amertume les pertes. Je suis actuellement dans cette phase moins combattive et suis passée à autre chose.
J'ai remis en question beaucoup de choses de ma vie, relativise tout le matériel, mon projet de vie est devenu plus profond, plus intérieur. Oui, MON projet de vie, il n'y a pas que les TC qui en ont un; leur entourage vit aussi un séisme et mesure aussi des pertes, à une autre échelle .
Mon combat personnel est moins fort, mais il faut aider les autres familles à le mener ce combat contre le malheur, contre l'insidieuse souffrance qui menace, détruit et dévaste les vies autour du TC.J'avais été soutenue par l'AFTC de ma région et me sentais redevable d'eux : je m'étais promis à cette époque que je tendrais la main à d'autres familles... quand j'en serais capable ! Je suis donc rentrée au conseil d'administration de mon AFTC quand je me suis sentie pouvoir donner quelque chose de moi. Puis la vie faisant souvent bien les choses, je me suis retrouvée présidente de cette AFTC... A ce niveau-là, j'ai plein de projets dans ma tête et c'est un nouveau combat qui prend le dessus : faire connaître au monde la réalité du TC, et plus encore, faire découvrir au monde qu'un TC peut être heureux malgré tout.
Voilà mon histoire, j'ai été longue, veuillez m'en excuser, mais je souhaitais me présenter à vous.
Merci pour ce lieu de dialogue et de parole. Vivre incompris et seul est très dur et "ce n'est pas parler de choses douloureuses qui fait mal, mais c'est de ne pas parler." Mme Oppenheim Gluckman







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